Les usages de la télévision connectée

Portrait de william

Quelques réflexions sur les usages de la télévision connectée.

Qu'entend-t-on par télévision connectée

Il faut définir précisément le champ que recouvre la télévision connectée. Les tablettes ou les écrans d'ordinateurs rentrent-ils dans cette définition ?
La télévision connectée est synonyme d’interactivité et potentiellement de services supplémentaires pour la mise en avant des contenus des distributeurs et l’environnement des marques. La mise en parallèle des contenus et des informations des réseaux sociaux en est une illustration. Dans ce cas, les tablettes sont véritablement un second écran de télévision.
On peut proposer que la télévision connectée soit définie comme l’ensemble des services de télévision connectée accessibles depuis plusieurs terminaux et ce quel que soit le réseau. Cette définition large et déconnectée du terminal devrait être acceptable par tous.

Le sujet de la télévision connectée a été prégnant au cours de l’année 2011 sans être suivi de vrais effets sur le marché. La question redevient pertinente avec l’intérêt des grands acteurs américains pour le marché français. Il faut trouver un système régulé efficace : les règles en place sur le marché français doivent être modifiées et adaptées, comme en matière de concentrations, sans être allégées.
Les chantiers de l’année portent ainsi sur la norme HbbTV et la norme TNT 2.0
La télévision connectée existe depuis longtemps (par la possibilité de recevoir les programmes de télévision par l’ADSL ou le câble) : l’arrivée des téléviseurs connectés apporte une couche supplémentaire d’innovation, de complexité mais aussi d’opportunités pour l’industrie au sens large. Les asymétries de régulation et la mondialisation font partie de ces complexités et réclament une attention forte : des acteurs non régulés pourraient ainsi s’emparer du marché de la distribution des services.

La télévision connectée s’entend d’abord comme le couplage entre télévision et services dits Over the top (OTT). A ce titre, trois sujets sont à investiguer :

  • Les nouveaux modèles économiques doivent assurer que les contenus puissent toujours être transportés
  • Des réflexions doivent porter sur les obligations qui devraient peser sur les acteurs nouveaux de la télévision connectée compte tenu des obligations qui pèsent déjà sur les acteurs « classiques » en place
  • La croissance importante du trafic (et notamment quand le nombre d’abonnés est au pic) appelle à trouver des mécanismes de financement des réseaux

Il faut certe surveiller les évolutions de ce marché mais qu'il me semble préjudiciable de vouloir trop l'encadrer, notamment vis à vis des acteurs étrangers qui par le biais d'internet ne seront pas soumis aux mêmes règles. Le développement de l'HbbTV doit permettre de mettre en place une auto régulation naturelle, l'image de la chaîne de diffusion étant étroitement liée au contenu interactif proposé.

Enfin, ne pas oublier que :

  • L’environnement de la télévision connectée est instable
  • Les acteurs de l’audiovisuel notamment vont être touchés, et des positions vont évoluer comme celles des FAI qui deviennent éditeurs de services. Il s’agit donc moins d’essayer de modéliser que d’appréhender les différentes formes d’évolution possibles et leurs conséquences sur l’activité de chacun des acteurs de la chaîne de valeur
  • Il y a d’une part le caractère national du système réglementaire français en place devant de telles transformations et le besoin d’autre part de le revoir en fonction des objectifs à déterminer (ex. : assurer le financement de la création). Il y a donc nécessité de revoir le champ d’intervention des autorités en les intégrant dans un univers européen compte tenu de la nature des transactions (monétaires, linguistiques, etc).

Les modèles économiques et leurs évolutions sont moins fonction du téléviseur que des services proposés (et leur potentiel de développement) et rendus accessibles par la connectivité des ces téléviseurs. Par ailleurs, les téléviseurs connectés sont en concurrence avec les FAI et leurs set top box d’une part et les chaînes peuvent y voir le risque et la menace que de nouveaux acteurs vendent des espaces publicitaires sur les contenus accessibles par la télévision connectée.
Il existe également un risque qu’un éditeur devienne dominant et incontournable et fasse payer les chaînes pour fournir son contenu.
Les acteurs historiques français sont soumis à des obligations nombreuses (investissements, diffusion, pluralisme, etc.) qui ne s’appliquent pas aux acteurs étrangers. D’autres déséquilibres, comme les différences de pression fiscale, ont des effets.

Quels sont les objectifs de la télévision connectée

Objectifs

  • Assurer un développement positif, basé sur l’interopérabilité et la simplicité, pour que l’enrichissement de l’offre et de l’expérience soient au bénéfice du consommateur dont le parcours ne devra pas être forcé
  • Protéger leurs droits en favorisant un système ouvert (et pas uniquement pour le téléviseur) dans un environnement régulé
  • Continuer à favoriser une hyper-distribution, et donc être présent sur l’ensemble des plateformes.
  • Identifier de nouvelles perspectives et possibilités sur le marché publicitaire, dans un environnement régulé et protégeant le consommateur
  • Modifier le modèle économique actuel dans les relations entre éditeurs de contenus et distributeurs et pour cela développer un nouveau cadre réglementaire
  • Il faut mieux appréhender les changements que pourrait induire le développement de la télévision connectée, notamment dans leur dimension européenne
  • Le cadre réglementaire doit évoluer comme par exemple en matière de concentrations pour éviter de défavoriser les acteurs français devant des acteurs étrangers et notamment les grands acteurs américains de l’internet
  • Des questions relatives aux droits moraux se poseront probablement comme dans en matière de diffusion télévisuelle actuelle.
  • Deux sujets doivent être investigués : d’une part la définition des acteurs de la chaîne de valeur de la télévision connectée, leurs rôles et leurs responsabilités, et d’autre part la capacité à réguler des services mis à disposition des consommateurs sur le territoire français par des acteurs étrangers.
  • Peut être définir un environnement régulé pour que chaque acteur ait sa place (notamment les producteurs audiovisuels et indépendants). On peut aussi exprimer des inquiétudes vis-à-vis de discours d’éditeurs pour un allégement des règles même si elles devraient évoluer.
  • Développer avec des constructeurs, des diffuseurs et des éditeurs des plateformes qui leur sont propres. Ne pas négliger l’importance de la protection des contenus par des dispositifs tels que les DRM (disponibles aujourd’hui en vidéo à la demande).
  • La télévision connectée n’est pas une technologie nouvelle, mais par le passé, pour un éditeur, autant de développements qu’il y avait de constructeurs devaient être assurés. Ce n’est désormais plus le cas avec la norme HbbTV. Une attention certaine qui sera portée au développement pérenne de la télévision connectée.
  • Ne pas dissocier les différents produits qui peuvent donner accès à l’internet
  • Maintenir, voire renforcer, l’avance que la France a prise en Europe. A ce titre, une régulation ne doit pas être mise en place au seul niveau français mais aussi européen
  • Promouvoir les contenus au-delà des frontières nationales.
  • Nécessité de parler de convergence. Les consoles de jeux, par exemple, constituent un vecteur de connectivité de la télévision : la télévision est un équipement parmi d’autres (tablettes, smartphones, etc.).
  • La télévision connectée est la concrétisation de la convergence, pour les contenus, des équipements et des réseaux. Il faut travailler sur la perception des consommateurs et leurs usages
  • Le développement de la télévision connectée ne doit pas affecter la diversité des contenus. Il faut préserver le cadre réglementaire même s’il convient a priori de l’adapter.
  • Compte tenu des diversités existantes, il faudrait un alignement des cadres réglementaires, soit à la baisse pour les acteurs de l’audiovisuel en place soit à la hausse pour les acteurs de l’internet.
  • On peut aussi être contre une forme de dérégulation que la Commission européenne, en se saisissant du sujet, pourrait mettre en œuvre pour in fine favoriser le développement d’un grand marché européen ouvert. Il faudrait dans ce cas que le cadre réglementaire actuel soit adapté avec par exemple des obligations en matière de concentration dans le domaine de l’audiovisuel qui empêcheraient les grands groupes de se développer ; la relation entre producteur et distributeurs s’insère également dans des champs possibles pour une évolution réglementaire. Les acteurs nationaux doivent rester unis pour faire face à la concurrence des nouveaux acteurs étrangers comme Netflix.

Opportunités

  • Une opportunité de nouveaux développements pour les marques médias
  • Opportunité de développement pour des marques médias avec une attention particulière portée sur l’équité qui devra être assurée entre les acteurs et sur la juste protection des contenus
  • Avoir une démarche forte d’hybridation des programmes et des nouveaux médias et appeler à une prise en compte de la dimension européenne de ce sujet
  • La publicité est le rouage économique du secteur : la télévision connectée fait naître beaucoup d’échanges et de réflexions avec des grands groupes audiovisuels. C’est une modification forte du système dans son ensemble, notamment au travers de tous les équipements dérivés, qui est attendue
  • C'est une opportunité pour l’exposition du cinéma mais qui fait naître aussi des craintes. Il s’agit de réinventer une forme de régulation tout en faisant perdurer les règles en place. La télévision connectée appelle aussi des réflexions en matière de statuts (distributeur, éditeur, etc.)
  • La télévision connectée représente une opportunité pour beaucoup d’acteurs de remettre en cause le système actuel ; une telle crainte finalement sans effet avait d’ailleurs accompagné le développement du satellite
  • La télévision connectée est une opportunité de nouveaux débouchés de distribution pour l’audiovisuel français.
  • Il existe actuellement des travaux relatifs à la norme HbbTV et l’objectif de mettre en place un système ouvert pour augmenter l’accessibilité des services. C'est une piste qui a ma préférence.
  • Possible opportunité de développement pan-européen en adoptant une vision élargie pour la diffusion des contenus français.
  • Favoriser le développement des services de télévision connectée au travers de projets comme Mes Services TV
  • La télévision connectée s’inscrit dans un mode de consommation multi-écrans et multi-usages. Ces écrans consomment la bande passante des opérateurs de réseau : une concurrence équitable entre tous les acteurs doit s’établir.
  • L’approche de GOOGLE en matière de télévision connectée est de proposer un système ouvert pour l’ensemble des constructeurs alors qu’aujourd’hui le marché est fragmenté en de nombreux systèmes propriétaires. Mais GOOGLE TV n’existe à ce jour ni en France ni en Europe
  • Les jeux et les paris en ligne trouvent a priori un débouché naturel dans la télévision connectée. Il sera nécessaire d’anticiper le développement de ces équipements et usages en utilisant des instances de régulation
  • La télévision connectée doit s'attacher à rendre accessibles les contenus, de les distribuer et de favoriser les ayant-droits sans bloquer la diffusion et le développement de contenus.

Les constructeurs

On peut s'interroger sur le positionnement particulier des constructeurs par rapport à la question de l'évolution de ce marché.
Les constructeurs ont des modèles économiques et donc des positionnements différents. Ils peuvent fournir sur leurs plateformes des applications pour accéder à des contenus locaux si des accords ont été passés. Ils deviennent en cela des plateforme de diffusion et non des éditeurs de contenus. Ils ne deviennent pas pour autant une chaîne ou un éditeur de vidéo à la demande.
Le téléviseur était le dernier équipement non connecté, ce retard va être rattrapé et qu’il va permettre de pénétrer de nouveaux marchés.
Reste à savoir quelles seraient leurs perspectives entre être agrégateurs de contenus de distributeurs et distributeurs de contenus. Et quelle serait les règles à appliquer, celles des diffuseurs ou celles en cours dans le monde de l’internet .
Les choix sont propres à chaque constructeur. Ils peuvent vouloir être agrégateur et se concentrer sur l’équipement lui-même (son ergonomie, ses commandes, etc) pour pouvoir offrir une large palette de services.
Il conviendrait de définir les acteurs en fonction de leurs actions pour savoir si un agrégateur est un distributeur.
S’agissant de l’applicabilité de règles à l’internet, il y a un sujet à investiguer.
Sur la question des statuts, la notion d’agrégateurs devrait aussi être discutée dans la mesure où des services régulés sont mis en face de services non régulés sur un même support.
Difficile de trancher pour le moment sur ces questions. Comme pour le monde de l'audiovisuelle, les règles se mettront probablement en place au fur et à mesure, avec une autocensure des acteurs.

On peut aussi se demander dans quelle mesure les contrats d’exclusivité avec les ayants droits peuvent être affectés par le développement de la télévision connectée. La télévision connectée est-elle un nouveau vecteur de diffusion des contenus toujours mis à disposition par les ayants droits dans un cadre contractuel et financier précis ou au contraire un vecteur de diffusion de contenus libres de droits ?
De nombreuses chaînes reposent sur les exclusivités : les droits doivent être protégés, non sur les supports (téléviseurs, tablettes, etc), mais au travers des services qui sont rendus accessibles par ces équipements. La notion d’exclusivité est contractuelle et une forme de dérégulation qui consisterait à supprimer les exclusivités est inenvisageable. Les ayant-droits américains ne sont pas prêts à abandonner leurs exclusivités territoriales ; Netflix a bénéficié d’une faille qui pourrait se refermer.
Il existe une forme nouvelle de contenus mais surtout une monétisation de ceux-ci par la publicité qui doit continuer à être encadrée.